Chômeurs, chômeuses, salarié-es : faisons front commun !

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Une première mobilisation unitaire des chômeurs, chômeuses, précaires, salarié-es est prévue mercredi 14 février en Ile de France et aussi dans d’autres villes (Caen, Sète…). Elle s’est construite à l’initiative des quatre organisations de chômeurs : AC !, APEIS, CGT chômeurs, MNCP, qui ont pris l’initiative d’un front unitaire réunissant syndicats (Solidaires, SUD, SNU-FSU, UL CGT), associations et forces politiques.  Il est en effet urgent d’agir.

Il faut bien le reconnaitre : les droits des chômeurs restent tragiquement « oubliés » dans les agendas des « grandes » organisations, syndicales ou politiques. Le Comité confédéral national de la CGT (CCN), tenu le 8 février, prend à juste titre position pour préparer une convergence des luttes dans les prochaines semaines- et les thèmes sont très nombreux !- mais les droits des chômeurs sont absents de la déclaration. Seule l’Union syndicale Solidaires est partie prenante nationalement du front unitaire pour le 14 février, même si des unions locales CGT vont aussi s’y associer, notamment en Ile de France. Ensemble !, comme mouvement politique, a pris l’initiative en décembre 2017 de créer les conditions d’une prise de position commune des forces politiques de gauche opposées aux desseins de Macron, et nous espérons vivement que cela se traduise prochainement : conférence de presse, initiative à l’Assemblée nationale, etc. Ce serait un signal positif contre l’isolement, et pour mettre cette question sur la place publique. Tôt au tard les forces politiques devront prendre position (et les députés inévitablement, car il s’agit d’une loi), car il y a un enjeu de société.

Dès mai 2017, après l’élection de Macron, le refonte complète de l’assurance-chômage était mise dans la feuille de route donnée aux « partenaires sociaux », avec une mise en œuvre en 18 mois. Il y avait trois grandes questions : les ordonnances Code du travail, une assurance dite « universelle » pour le chômage, et un chamboulement lui aussi « universel » du droit à la retraite. Or, si tout de suite des mobilisations ont été annoncées contre les ordonnances, aucune date nationale, aucune riposte, notamment syndicale, n’a été programmée dans l’agenda des luttes jusqu’à l’initiative récente des organisations de chômeurs. Or celles-ci, à force d’être isolées et souvent ignorées, se sont affaiblies et ont des moyens réduits. Le soutien actif est indispensable.

Une baisse généralisée des salaires

Rien ne peut justifier une passivité face à la plus grande « contre-réforme » annoncée de l’assurance-chômage depuis sa fondation en 1958. Cette question dépasse les seuls chômeurs ou privés d’emploi, c’est une question pour tout le salariat et la société.

En effet le projet s’accompagne d’une attaque en règle contre les bases fondatrices de la Sécurité sociale, et cela en dépit du fait que l’UNEDIC créée en 1958 ne faisait pas partie de la Sécurité sociale de 1946. L’UNEDIC a même été créée contre certains de ses principes. Cependant, cette attaque contre la Sécurité sociale est particulièrement vraie pour les ressources de celle-ci, puisque le gouvernement fait semblant de redonner du « pouvoir d’achat » aux salarié-es en supprimant dès janvier 2018 la part salariale des cotisations chômage et maladie (ou ce qu’il en restait), tout en choisissant d’augmenter plus qu’en proportion la CSG, y compris pour les retraités au-dessus de 1200 euros. Le signal envoyé aux salarié-es et retraité-es est donc très clair : les cotisations socialisées dans une caisse commune, qui étaient les ressources de la Sécurité sociale, c’est terminé. Le gouvernement aura la haute main sur tout le dispositif, qui ne sera plus du tout une institution des travailleurs-euses (certes en recul depuis longtemps), mais une technique étatique hors du contrôle populaire.
En réalité, il s’agit finalement d’une baisse très importante du salaire indirect, prélevé collectivement sur la richesse économique née du travail dans les entreprises. Le salaire net semble augmenter, mais il sera taxé par la CSG ! Certes, la CSG est aussi payée par les autres « revenus » monétaires (12% de son montant total). Mais les entreprises sont de plus en plus débarrassées du financement de la sécurité sociale. C’est « tout bon » pour les profits et la finance, mais celle-ci ne produit rien d’autre que de la spéculation et en aucun cas de la richesse réelle.

Vous avez dit : « droits universels » ?

Macron essaie de frapper l’opinion publique en parlant de « droits universels » à l’assurance-chômage (et à la retraite). « Droits universels » : quelle belle expression ! Mais qu’insinue-t-elle ? Elle laisse entendre que l’assurance-chômage des « salarié-es » et donc aussi des « privé-es d’emplois » ne serait qu’un droit catégoriel d’un groupe social dépassé : le salariat. En effet, le projet Macron vise à étendre l’indemnisation à des travailleurs dits « indépendants », et aux « démissionnaires ». N’oublions pas que Macron a tout fait sous Hollande pour promouvoir les plates-formes numériques de type Uber ou Deliveroo, dont les travailleurs-euses sont très…dépendant-es, même s’ils aspirent à juste titre à une liberté du travail. Ces plates-formes sont par contre des machines de guerre contre le droit social universalisé, soumis aux lois prédominant des entreprises (ordonnances).  Ces travailleurs choisissent « librement » de travailler quelques heures dans la semaine, en fonction du marché et des appels reçus sur leur application. Avec quelques heures travaillées (ou parfois au contraire 50 heures par semaine payées au SMIC), la catégorie de chômeurs disparait !

Et il y a là une imposture de plus, parce que la Sécurité sociale, dès l’origine, visait l’universalité des droits, y compris pour les chômeurs et les indépendants. Son fonctionnement basé sur les ressources nées du travail général le permettait, pour peu que le régime général intègre les cotisations interprofessionnelles de tout le patronat, de toutes les entreprises, grandes ou petites, y compris les dites « indépendantes » (possiblement aidées par d’autres mécanismes). Or après 1946 les indépendants n’ont pas voulu rejoindre le régime général et aujourd’hui Uber ne veut pas payer au régime des salariés ! Voilà le défi.

Le salariat et ses organisations ne doivent donc pas craindre l’universalisation des droits. Mais à condition de prélever les ressources… à la source : la seule richesse possible vient des entreprises, dans des caisses salariales socialisées à développer. C’est pourquoi il y a nécessité d’une prise de position actualisée des mouvements politiques. Ensemble se prononce pour une Sécurité sociale universelle.

Une mise sous tutelle étatique ?

Au cours de sa campagne électorale, E. Macron avait laissé entendre que l’assurance-chômage, aujourd’hui gérée par un système dit paritaire entre patronat et syndicats, serait quasiment « nationalisée ». Ce qui était cohérent avec son slogan d’universalisme.  Il a reculé quelque peu et il a distribué aux « partenaires sociaux » en décembre 2017 une feuille de route en cinq points, à charge pour les syndicats et le patronat de négocier entre eux sur ces thèmes. Le gouvernement ramasse les copies après le 15 février 2018 et dira alors s’il tient compte ou non des accords passés. Le plus grand mystère règne sur ces négociations hebdomadaires, et il n’est pas du tout exclu que des surprises inattendues en sortent (un deal avec le gouvernement pour certains).
Les cinq questions mises en débat sont les suivantes : inclusion des « indépendants » dans le régime, inclusion élargie des « démissionnaires », contrôle accentué et sanctions des chômeurs qui refuseraient des « offres valables d’emploi », gestion tripartite de l’ensemble du système en incluant les pouvoirs publics (au lieu du paritarisme pur), et pour faire bonne figure « sociale » : menaces d’un système de pénalités de type bonus-malus pour les entreprises qui emploient un trop grand nombre de contrats CDD très courts (moins d’un mois par exemple, ce qui coûte cher à l’UNEDIC). Le patronat refuse bien sûr ce dernier point au profit de vagues négociations par branches. Les contrats de moins d’un mois sont évidemment un scandale. Il faudrait les interdire totalement. Et augmenter toutes les cotisations patronales, parce que tous les types de chômage doivent être indemnisés correctement (avec le SMIC comme référence) et parce que la précarité du travail est une offensive stratégique du patronat et du libéralisme européen depuis les années 1980 : temps partiels, contrats courts, intérim, licenciements sans cause, ruptures conventionnelles personnalisées et maintenant collectives…C’est bien à tout le patronat de payer collectivement l’insécurité sociale qu’il fabrique.

Une lourde loi en prévision

L’habileté cynique du gouvernement est de mettre dans le paquet global d’une très lourde loi (déposée fin mars) non seulement l’assurance-chômage, mais aussi la formation professionnelle et le régime d’apprentissage. Il veillera ainsi à installer dans l’opinion publique l’idée que si les chômeurs le demeurent, c’est faute d’une formation adéquate. Ce sera donc de leur faute…

Et sur l’apprentissage, le gouvernement est en train de dévoiler (depuis le 9 février) des mesures démagogiques aptes à faire croire aux plus fragiles sortis sans qualification du système scolaire que l’apprentissage sera aidé par des aides ciblées. Comme par exemple une prime de 500 euros pour passer son permis de conduire. Quant on est jeune et sans le sou, cela peut éblouir quelque peu. Mais le fond de son projet est cohérent avec la politique de sélection accrue des jeunes en fonction des besoins du marché. On sait ce qu’il en est pour l’accès filtré à l’université. Pour l’apprentissage, le projet est d’en remettre la maitrise aux mains du patronat et des branches, limitant au passage les prérogatives des régions (avec quelques tensions à prévoir).

Pour une mobilisation sociale et politique

Contre les ordonnances, le front syndical a peiné à se construire. Des rapports polémiques se sont aussi installés entre syndicalisme et forces politiques, sur leurs rôles respectifs. Des rendez-vous manqués ont compliqué le débat public. Cela n’a pas aidé le rapport des forces.

Il convient donc pour les nouvelles étapes de la résistance au système Macron de tout faire pour que les convergences se construisent et qu’elles s’épaulent mutuellement. Cela concerne les initiatives syndicales et associatives des semaines à venir. Mais cela concerne aussi les organisations politiques qui devraient chercher à faire un front commun tourné vers l’action, sur le plan national comme partout sur le territoire. De même, partout où cela est possible, multiplions les assemblées citoyennes ouvertes et pluralistes pour mener les débats nécessaires sur les alternatives.  C’est ce que propose le mouvement Ensemble !

Jean-Claude Mamet

La fin d’Oslo – Commission Palestine, Proche, Moyen-Orient et Maghreb d’Ensemble !

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Avec la décision de Trump de transférer l’ambassade étatsunienne à Jérusalem le processus d’Oslo est définitivement mort.

La décision de Trump de transférer l’ambassade étatsunienne à Jérusalem reconnue de facto comme capitale une et indivisible de l’état d’Israël signe la fin de la prétendue « neutralité » des États Unis dans le conflit israélo-palestinien et les déqualifie comme « arbitre » des « négociations » de paix. « négociations » qui n’ont arrêté ni la colonisation qui de rampante est devenue ouvertement massive ni fait annuler l’annexion de Jérusalem-Est accompagnée de l’expropriation progressive des logements des Palestiniens.

Cette décision s’inscrit dans un contexte régional et international défavorable à la cause palestinienne. On sait depuis « Septembre Noir » que les États Arabes ne voient pas nécessairement d’un bon œil la cause palestinienne derrière des déclarations de principe. Ce qui est nouveau, c’est la participation effective de l’Égypte au blocus de Gaza, et surtout la reconfiguration des alliances avec la constitution d’un axe Israël / États-Unis/ Arabie Saoudite dirigé contre l’Iran, et la guerre de coalition au Yémen, et, enfin, la situation en Syrie, avec un certain retour du « grand jeu » Russie États-Unis. Il convient, par contre, de noter le vote au Conseil de Sécurité de l’ONU isolant les États-Unis  sur la question de Jérusalem-Est, mais ceci ne peut pas masquer l’aggravation continue de la situation pour les Palestiniens.

En Cisjordanie l’armée israélienne se permet des incursions à n’importe quel instant dans n’importe quel point des territoires.  Il y a un développement des colonies à Jérusalem-Est et en Cisjordanie qui prennent de plus en plus le contrôle des terres, et, aussi et surtout, de l’eau. Gaza est devenu une vaste « prison » à ciel ouvert, certains diront même un ghetto.

Le processus né à l’issue d’Oslo visant à la création aux côtés d’Israël d’un état palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale avait soulevé des espoirs même si dès l’origine une partie des Palestiniens y était très dubitatif voire hostile. Mais force a été de constater que les gouvernements successifs israéliens ont continué à mener des politiques contraires aux accords. Au total on est obligé de prendre acte que loin de créer des conditions favorables à la création d’un état palestinien, Oslo n’a fait que couvrir l’avancée vers un bantoustan palestinien fait de confettis de plus en plus isolés, prélude même pour certains ministres du gouvernement Netanyahou à l’annexion pure et simple de « la Judée et Samarie ».  Au sein même d’Israël, Bédouins, Druzes et Arabes Israéliens subissent leur lot de discriminations, voire de démantèlement d’habitats.

Aujourd’hui le processus « d’Oslo est mort » comme le reconnaissent de nombreux commentateurs et militants palestiniens y compris Mahmoud Abbas qui a fini par l’admettre lors de la dernière réunion du Conseil palestinien.

En l’état, le gouvernement Israélien accentue la colonisation, augmente la répression contre le mouvement palestinien, utilisant tous les textes législatifs militaires hérités du mandat britannique pour arrêter et emprisonner y compris des enfants. Le cas d’Ahed Tamimi, mineure accusée de mettre en cause avec une gifle la sécurité d’un pays doté de la 5ème armée du monde, puissance nucléaire, et à ce titre passible de plusieurs années d’emprisonnement et actuellement en détention militaire, est exemplaire. Comme l’est l’incarcération de Salah Hamouri, ressortissant franco-palestinien. Au total, des milliers de prisonniers souvent en simple rétention administrative donc sans jugement croupissent dans les geôles israéliennes, dont des centaines d’enfants.
Dans ce cadre, le relatif silence du gouvernement français sur Salah Hamouri,  son mutisme sur Ahed Tamimi, symbolisent sa complicité objective avec la politique de Netanyahou.  En témoignent aussi la criminalisation de l’antisionisme assimilé à l’antisémitisme, et les poursuites engagées contre BDS.

L’action de BDS doit se développer. Elle prend tout son sens quand se met en place un régime d’apartheid, de ghettoïsation et d’isolement des territoires palestiniens, de plus en plus réduits et morcelés.

Le débat s’engage au sein de la communauté palestinienne sur la pertinence d’une solution à deux États versus une solution à un État unique ou un État Fédéral. Ensemble doit réaffirmer que si ce débat est légitime dans la situation créée après l’échec d’Oslo, un État unique ne pourrait se concevoir qu’avec une égalité des droits entre toutes et tous et non être un état d’apartheid avec écrasement d’une nationalité par l’autre.

Pour Ensemble la reconnaissance du fait national palestinien doit demeurer un objectif, tout comme doivent rester dénoncées les annexions territoriales, en premier lieu Jérusalem-Est, et l’extension des colonies. Ensemble réaffirme par ailleurs que la région doit être  dénucléarisée. Enfin Ensemble renouvelle son soutien et son implication dans la campagne BDS, dont les réactions du gouvernement israélien montrent bien l’efficacité et son soutien à la  campagne pour la suspension de l’accord d’association économique entre Israël et l’Union européenne.

Liberté pour les prisonniers politiques palestiniens!
Droit des Palestiniens à l’indépendance !
Fin de l’occupation, de la colonisation !
Boycott du système d’apartheid

Commission Palestine Proche, Moyen-Orient & Maghreb

Mennel Ibtissem et le spectacle ordinaire de la meute raciste – Philippe Marlière

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La vox populi a rendu la justice, expéditive comme il se doit. La chanteuse Mennel Ibtissem, 22 ans, s’est auto-exclue de la compétition “The Voice France” après une campagne contre elle d’une violence et d’une haine stupéfiantes.

Certains ont exhumé des tweets complotistes (évidemment inacceptables) qu’elle avait rédigés à la suite des attentats de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray. Dans l’un, elle doutait que Mohamed Lahouaiej Bouhlel, le chauffeur de la camionnette, soit l’auteur de l’attentat. Dans l’autre, elle accusait le gouvernement français d’être les “vrais terroristes”. Elle a déclaré regretter ces tweets et s’en est excusé. Rien n’y a fait. La vox populi a tonné contre des tweets que l’on doit condamner. Mais il faut aussi s’interroger sur la chronologie et les étapes du lynchage collectif d’une jeune française musulmane par la vox populi.

Avant d’exhumer ces tweets, la fachosphère était montée au créneau pour s’indigner de la présence à la télévision d’une jeune chanteuse qui portait un bandeau et qui chantait en arabe. Ce n’est que qu’après la découverte des tweets que la meute poursuivant Mennel a pu arguer que son eviction était justifée du fait de ses propos complotistes.

Une chose est de condamner ces tweets, une autre est de donner implicitement raison aux islamophobes et aux racistes qui se sont acharné.e.s sur la jeune chanteuse. Se taire dans ces conditions, c’est permettre aux ennemi.e.s de la liberté de poursuivre leurs manoeuvres d’intimidation et de haine en toute tranquillité.

Déroulons le fil des faits. Évidemment l’origine syrienne et l’apparence physique (le bandeau de Mennel) sont la cause première de cet acte de justice expéditive. Il faut dire que pour la fachosphère, Mennel l’a bien cherché. Mais que dire de la gauche qui est restée silencieuse, à l’exception de quelques voix isolées qui ont condamné le lynchage collectif sur les réseaux sociaux ?

On peut imaginer qu’avec une musulmane “bien intégrée” marchant dans les clous, les choses se seraient bien passées. Mennel aurait même pu dire publiquement qu’elle était musulmane et d’origine ouvrière, cela aurait réchauffé les coeurs à gauche et enthousiasmé les journalistes en quête de success story. Mais la chanteuse n’a pas marché dans les clous du “système” : elle a commis erreur impardonnable après erreur impardonnable, ce qui montre qu’elle “n’est pas bien intégrée”. CQFD !

– Elle a parlé de sa foi musulmane en public et a chanté dans l’emission “The Voice France” la tête recouverte d’un bandeau.
– Elle a eu l’affront de chanter un couplet de la chanson Halellujah de Leonard Cohen en arabe. Certains “experts” en langue arabe nous ont révélé que la chanteuse aurait chantonné une version islamiste de la chanson (il en existerait plusieurs…).
– Mais le pire, c’est que Mennel a nargué son monde : c’est une star des réseaux sociaux. Les clips postés sur sa page Facebook sont regardés par des milliers de personnes. C’est l’émission « The Voice France » qui, l’ayant remarquée, lui a demandé de participer à l’émission.
– Mennel chante divinement bien. Elle est très jolie, semble heureuse et épanouie. Voici donc une jeune femme qui porte un turban sur la tête et qui n’est ni soumise, ni contrainte par qui que ce soit. C’est suspect, vous ne trouvez pas ? Cela cache quelque chose de pas très catholique !
– Pour couronner le tout, elle a déclaré aimer la France qui est… son pays.

Trop, c’est trop ! On ne peut pas se moquer impunément du “système” et des bonnes gens ! La gauche “protectrice des libertés” est, une fois de plus, aux abonnés absents. Il faut lire la presse étrangère pour saisir l’intensité du tourbillon hystérique, haineux, quasi-fascisant qui s’est abattu sur Mennel ces derniers jours sur les réseaux sociaux.

Ce qui arrive à Mennel est tout sauf un “événement futile”: c’est un fait banal et grave. C’est sa banalité et l’indifférence quasi-générale qui l’entoure qui est grave.

Philippe Marlière

Potere al Popolo : un nouvel espoir de la gauche anti capitaliste en Italie

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Le mouvement Potere al Popolo (PaP), surgi pour répondre aux défis politiques des prochaines élections du 4 mars, ouvre de nouvelles perspectives à la gauche radicale italienne après plus de 15 ans de marginalisation. Quel que soit son score en mars prochain, il montre qu’il est possible de travailler à une recomposition de la gauche de gauche, portée par une nouvelle génération militante, présente sur l’ensemble du territoire italien. L’espoir est bien là et ne cherche qu’à s’incarner.

N’est-ce pas ce qu’a démontré avec vigueur l’imposante manifestation antifasciste du 10 février dernier faisant suite à la fusillade contre des immigré.e.s d’Afrique sub-saharienne, par Luca Traini, militant d’extrême-droite et ancien candidat de la Lega, à Macerata ? 30 000 personnes, militant.e.s des centres sociaux mais pas seulement, venus de toute l’Italie à l’appel notamment de PaP ont défilé dans cette ville mais aussi, à Milan, à Brescia, à Piacenza, passant outre les mots d’ordre des directions du Parti démocrate, de la CGIL et même de l’ANPI (Association nationale des partisans) ; une mobilisation venue d’en bas qui faisait retentir avec une force nouvelle le slogan : « Se non ora, quando ? »

Entretien avec Viola Carofalo, chercheuse précaire, âgée de 37 ans et porte-parole de Potere al Popolo.

Peux-tu nous expliquer comment Potere al Popolo est né ? Quel est son profil politique ?

Potere al Popolo [littéralement « pouvoir au peuple »] est né suite à l’appel lancé par les militant-e-s du centre social Ex OPG – Je so’ Pazzo de Naples [littéralement : je suis fou](1). Nous souhaitions avoir notre propre représentation lors des prochaines élections, au vu d’une part du déplacement à droite de l’ensemble du champ politique et, d’autre part, de l’absence d’une véritable alternative de gauche. En quatre jours, nous avons organisé une assemblée nationale au Teatro Italia à Rome, le 18 novembre 2017, à laquelle plus de 800 personnes venues de toute l’Italie ont participé: des jeunes militant-e-s de base à la recherche d’un projet politique plus global, des moins jeunes déçu-e-s par ces vingt dernières années et en quête d’un nouvel élan, etc. Cette première assemblée a déclenché une vague de participation dans tout le territoire. En quelques semaines, plus de 150 assemblées régionales ont été organisées qui, en partant de la base et des activités propres à la région, se sont reconnues dans le projet de PaP.

Notre décision d’utiliser cette échéance électorale pour présenter notre candidature est le fruit d’une analyse de ce qui s’est déroulé au cours des dernières années. Durant une longue période, jusqu’au début des années 2000 environ, l’espace de représentation était resté cantonné à celles et ceux qui avaient hérité, d’une manière ou d’une autre, de la tradition du Parti communiste. Cette situation rendait très difficile toute tentative de reconstruire, à partir de positions antagonistes, un espace politique plus efficace et plus incisif, capable de relayer les luttes de la base. On réussissait à influencer la politique nationale en faisant de l’agitation mais c’est tout juste si certain-e-s parvenaient à les amener au sein du Parlement. Tout se passait comme si cet espace de représentation politique n’était pas à notre « service ».

Il s’agissait évidemment d’une conjoncture différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. Le monde des années 1990-2000 n’a pas réussi à résoudre les problèmes, bien au contraire : preuve en est que nous avons cédé peu à peu, nous avons perdu sur la guerre en Irak, sur les droits des travailleurs·euses, nous avons reculé sur de nombreux sujets. Cet espace politique de représentation n’était pas efficace et n’avait pas la capacité de porter les conflits qui explosaient dans la société à leur terme. Nous, en qualité d’« antagonistes », avons toujours mis en avant cette critique. Nous avons dû mener des batailles difficiles contre la représentation politique, y compris contre celle qui était reconnue comme telle par des pans significatifs de la gauche. Mais dès 2008, et encore plus depuis la crise de 2010 et 2011, ce même espace traditionnel s’est déstructuré. Les diverses tentatives de répondre à cette dynamique ont toutes échoué. Au contraire, cette fâcheuse tendance à répéter constamment les mêmes erreurs a fini par marginaliser les forces politiques qui jouaient un rôle important il y a encore 15 ou 20 ans. Ces changements ont suscité des autocritiques et des réflexions sur le moyen terme, ce qui nous a conduits à cette première tentative de relance ces derniers mois.

Nous nous trouvons aujourd’hui face à une contradiction politique majeure : d’un côté, au niveau local, la gauche radicale et mouvementiste a développé de grandes capacités à gérer les problèmes sociaux que l’Etat et les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier ne parviennent plus à résoudre. Pensons aux bureaux légaux pour les migrants, aux nouvelles Chambres populaires du travail (Camere Popolari del Lavoro), aux Réseaux de solidarité populaire (Reti di Solidarietà Popolari), etc. Mais d’un autre côté, nous sommes confrontés à l’incapacité d’influencer les institutions et les sphères de représentation au niveau national. Nous sommes convaincus que PaP peut être une réponse politique à cette contradiction.

Comment avez-vous choisi votre nom ?

Potere al Popolo n’est rien d’autre que la traduction littérale de « démocratie ». De nos jours, beaucoup l’oublient. Les gens pensent que la démocratie c’est se rendre aux urnes une fois tous les cinq ans pour voter pour des partis qui sont tous pareils, et subir les décisions qui sont prises ailleurs, pas seulement par des parlements qui ne reflètent plus la réalité du pays, ni seulement par des gouvernements qui sont devenus des machines toujours plus autoritaires, mais aussi par des cénacles réservés au monde de la banque, de la finance, des associations patronales, ou encore par des réunions de technocrates de l’Union européenne.

Avec PaP, nous voulons avant tout faire passer un message : les décisions qui touchent nos vies et nos territoires nous appartiennent. Aujourd’hui, on ne peut même plus choisir où mener notre existence, parce que pour trouver du travail on est contraint d’aller n’importe où. On ne décide pas quand avoir un enfant, car cela dépend du contrat de travail qu’on aura. On ne décide pas comment gérer un budget municipal, ne serait-ce que parce qu’on nous le coupe sans cesse. Et c’est sans parler des questions de politique économique ou internationale. Nous croyons en une démocratie non pas formelle, mais profonde et radicale, qui parte des racines : que les classes populaires puissent réellement compter et exercer le pouvoir. En ce sens, « potere » prend un sens positif, c’est la possibilité de faire, de créer. Cela ne doit être dénié à personne, qu’on soit blanc ou noir, riche ou pauvre. Donc PaP porte un message clair : nous voulons et nous devons décider, nous qui sommes contraints à travailler pour vivre et survivre.

Qui sont vos candidats ?

Les candidats de PaP ont été choisis selon une méthode à la fois ancienne et innovante : des assemblées ouvertes et horizontales. Plus de 20’000 personnes ont participé aux 150 assemblées régionales. Notre principe est radicalement démocratique : les décisions viennent des régions. Même dans les territoires les plus reculés, les candidatures ont été décidées par la base du mouvement, par la méthode du consensus ou, là où ce n’était pas possible, par des votes à de larges majorités.

Les critères pour nos candidat.e.s sont différents de ceux des autres partis : ce qui compte, ce n’est pas combien d’argent ou combien de connaissances tu possèdes, ni le nombre de voix que tu amènes, mais comment tu t’es engagé pour défendre nos valeurs et nos intérêts. Pour nous, ce qui est important c’est la parité des genres, la jeunesse, l’enracinement dans la réalité du territoire, la cohérence entre le parcours du-de la candidat.e et le programme électoral. C’est pour cela que sur nos listes on ne trouve pas de visages connus, mais bien des personnes qui, pour vivre et survivre, se lèvent tous les matins pour aller travailler.

Quels sont les points forts de votre programme ?

Notre programme se veut un instrument de débat et de synthèse pour tous les mouvements de revendication qui se sont unis au parcours de PaP. Nous voulons reconquérir les droits des travailleurs/euses qui ont été démantelés au cours des 25 dernières années par des gouvernements tant du centre droit que du centre gauche. Nous luttons pour l’abolition du Jobs Act, qui a précarisé les conditions de travail, pour l’abolition de la réforme des retraites (réforme Fornero) qui augmente l’âge de la retraite, et contre la Buona Scuola, qui, à travers l’alternance entre école et travail introduit un travail forcé et gratuit des étudiant·e·s. Nous voulons rendre les services publics accessibles à tou·te·s et garantir les ressources nécessaires à leur développement.

Car l’argent est bien là, contrairement à ce qu’affirme la rhétorique politicienne. Il a même augmenté durant ces dix années de crise. Le problème est qu’il a fini dans les poches d’un nombre toujours plus restreint de personnes. Les chiffres montrent que si d’un côté la pauvreté a augmenté, de l’autre la concentration des richesses aussi : 1% des italiens détiennent 25% des richesses nationales. Cet argent ne tombe pas du ciel, il est le produit du travail que certain·e·s s’approprient de différentes manières : par le versement d’un salaire injuste, par des taxes inéquitables, etc. Si nous voulons construire une société plus juste et sauver ce pays, il s’agit donc avant tout d’aller prendre cette masse de capitaux et les redistribuer vers le bas.

Par exemple, les politiques des gouvernements Matteo Renzi et Paolo Gentiloni n’ont fait qu’offrir des cadeaux aux entreprises : plus de 40 milliards au cours des trois dernières années. Cet argent n’a pas été utilisé pour le développement du pays, encore moins pour garantir une stabilité aux travailleurs·euses. Il a fini dans les poches déjà pleines des employeurs. Et c’est sans parler de l’argent offert aux banques. Tout cet argent pourrait être utilisé pour créer un travail stable et garanti, pour sécuriser les territoires et les infrastructures, pour investir dans les services publics, une nécessité brûlante pour l’Italie dont le service public est quantitativement et qualitativement inférieur à celui de la plupart des pays européens.

L’immigration est un autre thème central sur lequel nous travaillons depuis des années et qui va dominer le prochain mois de campagne électorale. Nous sommes convaincus que chacun·e est citoyen·ne de l’endroit dans lequel, librement, il a décidé de s’établir. C’est un concept que nous essayons de mettre en pratique tous les jours. Affirmer l’idée d’une citoyenneté universelle, c’est inverser les règles d’accueil des migrant·e·s, c’est approuver le droit du sol, briser le lien entre le travail et le droit de séjour, bref, c’est abroger tous les choix politiques en matière d’immigration qui ont été faits par les derniers gouvernements.

Pour pouvoir réellement parler de citoyenneté universelle, il faut également détruire tout le business d’arrière-fond, souvent criminel, qui s’est créé autour de la privatisation de la gestion de l’immigration. La gestion actuelle des « Centres d’accueil extraordinaires » (« Centri di accoglienza straordinaria », CAS) est absurde. Il s’agit de véritables ghettos revisités sur le mode du business : qui parvient à en créer un, peut facilement accéder à des financements à hauteur de plusieurs millions. Lors de nos activités de contrôle populaire sur ces centres, nous avons pu constater l’existence de réclusions pures et simples, parfois à la limite de l’esclavage. Il faut rejeter cette situation ainsi que les lois qui la rendent possible, pour affirmer au contraire l’idée d’une citoyenneté issue de la liberté, reconnue pour tou·te·s, de pouvoir construire un futur meilleur. Les lois promulguées par les derniers gouvernements n’ont pas répondu à l’« urgence », mais l’ont au contraire aggravée, s’enfonçant dans un cercle vicieux qui génère seulement une péjoration des conditions de vie des migrant.e.s, avec tous les coûts sociaux et humains que cela comporte.

L’UE sera un point chaud de toute la campagne électorale. On veut nous mettre dans la marmite des listes « No euro » mais la question est plus compliquée que ça. Quand nous disons qu’il faut rompre avec les traités européens, nous disons qu’il faut reconsidérer la forme qu’a prise l’Union européenne. En premier lieu : le « fiscal compact », qui contraint les Pays européens à l’équilibre budgétaire, qui les oblige à respecter un certain rapport entre déficit et PIB ou encore à coordonner l’émission de la dette publique avec le Conseil de l’Europe. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? Cela ne signifie pas seulement accepter les mesures d’austérité, qui ont étouffé toute possibilité d’intervenir avec des mesures de soutien en faveur des classes populaires, mais aussi obliger une collectivité publique dans son ensemble à payer une dette qui est désormais contractée auprès de banques privées. Nous pouvons le dire encore plus simplement : le « fiscal compact », c’est l’obligation de soustraire des ressources publiques pour les redistribuer aux spéculateurs privés. Comment ne pas penser qu’il s’agit de la première chose à abroger, que ce sont les premières règles à rediscuter lorsqu’on parle d’Union européenne ?

Quels sont vos liens avec les regroupements politiques, les associations, les mouvements sociaux qui soutiennent cette expérience ?

Les assemblées régionales ont été organisées par différents sujets sociaux et politiques actifs dans les régions, en plus des personnes à titre individuel. Il s’agit de centres sociaux, des secteurs de syndicats de base (Cobas, USB)(2), de représentant.e.s du monde associatif, de regroupements politiques (Rifondazione Comunista, Parti Communiste italien, Sinistra Anticapitalista, Rete dei Comunisti, Eurostop)(3). Bref, pour le moment PaP a réussi à réunir, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des formes organisées du monde des luttes sociales et politiques de ce pays. Nous sommes fiers de pouvoir compter sur la participation des No Tav(4), avec la candidature de Nicoletta Dosio, des No Tap(5) dans le Salento (Pouilles), des No Muos(6) en Sicile, ainsi que d’autres comités régionaux qui se battent pour la défense de leur territoire. De plus, cela témoigne du fait que notre parcours a au moins eu le mérite de trouver les points communs entre ces luttes qui jusqu’à présent avaient de la peine à se rassembler et à travailler à la construction d’un horizon politique général.

Les réponses de la part des centres sociaux ont été multiples. Il y a par exemple des camarades qui en sont partie prenante et protagonistes de PaP. D’autres, même s’ils ont témoigné publiquement leur respect pour le projet, ont déclaré ne pas partager certains des présupposés de notre expérience et ont donc préféré ne pas y participer. L’exemple principal est sans doute celui d’Infoaut(7), qui a publié un joli éditorial, se montrant capable d’entrer en résonance dialectiquement avec notre expérience, tout en insistant sur le fait qu’ils ne la partagent pas. Enfin, il y a aussi évidemment ceux qui ont condamné avec mépris ce que nous essayons de mettre sur pied, même si heureusement ils ne sont pas nombreux.

Ces connexions, nées il y a un peu plus de deux mois, ont permis de construire une infrastructure de base qui couvre toute la péninsule, y compris les îles. L’intense récolte de signatures pour pouvoir présenter PaP dans tout le territoire italien témoigne de cet enracinement. C’est un succès énorme, vu que nous avons réussi à récolter quelques 52’000 signatures (il n’en fallait que 25’000) dans toutes les circonscriptions électorales. Cette présence capillaire doit être durablement renforcée. Notre objectif est d’utiliser cette campagne électorale pour construire l’organisation partout où cela est possible. Ces avant-postes ne sont pas de simples comités électoraux. Ce sont des noyaux organisationnels qui auront pour tâche de continuer à travailler après le 4 mars, quel que soit le résultat des élections. Car c’est bien là que se situe l’objectif principal de PaP : donner vie à un mouvement populaire qui a pour ambition de perdurer et de grandir. On ne s’arrêtera pas tant qu’on n’aura pas gagné. Pour nous, la victoire n’est pas d’obtenir 3% lors d’une élection. Pour nous, la victoire signifie le pouvoir au peuple.

Les jeunes se sont éloignés de la politique « traditionnelle » durant ces vingt dernières années. Quel type de dialogue PaP a-t-il avec les jeunes ? Comment le mouvement pense-t-il la politique ?

Premièrement, nous sommes des jeunes précaires ayant subi le plus les effets de la crise. Il y a quelques jours, une recherche du Fonds monétaire international a mis en évidence le fait que les jeunes courent les plus grands risques de pauvreté, des risques liés aux développement de la précarité sur le marché du travail et aux modèles choisis pour réformer les systèmes de protection sociale, pour consolider les comptes publics. De plus, ces tendances font que nous sommes traditionnellement exclus de la politique.

Comme cela s’est passé aussi dans d’autres pays, cette exclusion est due à plusieurs facteurs. Certes, les termes utilisés à notre encontre par plusieurs ministres qui se sont succédé ces dernières années, nous traitant de « grands bébés », d’« enfants gâtés » ou de « ratés », n’encouragent guère la participation. Dernier exemple : les déclarations de l’actuel ministre du travail, Giuliano Poletti, affirmant en se référant à ceux-celles qui sont contraints d’émigrer que « certains, il vaut mieux ne pas les avoir dans les pattes ». Les jeunes sont stigmatisés comme étant coupables de leur propre situation d’exclusion et de crise.

En outre, la politique traditionnelle utilise des registres linguistiques et des instruments de communication désormais obsolètes et absolument incapables de nous parler. Au contraire, PaP, grâce au travail de ces dernières années mené par tant de structures de base qui font partie du projet, parle la même langue que de nombreux jeunes ; nous utilisons les mêmes moyens, et plus particulièrement les réseaux sociaux. Et nous ne renonçons pas aux moments ludiques, qui nous permettent de construire sociabilité et communion. Parce que, quoiqu’on en dise, nous sommes tous à la recherche de lieux – physiques, mais pas uniquement – qui permettent la construction d’identité et d’appartenance.

Contre une politique déclassée au rang de pure activité administrative, nous revendiquons autre chose : la possibilité de tout subvertir, de « rêver », de construire des horizons radicalement différents de ceux que l’on nous propose.

Nous, les jeunes, sommes paradoxalement celles et ceux ayant le plus à donner, précisément parce que en tant qu’exclus nous savons ce que cela veut dire d’inclure. Notre programme en parle. Il y a un besoin de rupture et de renouvellement, de se débarrasser de l’aspect « mortifère » de ce pays. Ce n’est pas facile, et ce n’est qu’un début. Nous devons encore impliquer des milliers de personnes, pour faire en sorte que la politique redevienne un instrument et non une saleté, une possibilité de transformer et de se réapproprier sa propre vie.

A Naples, l’expérience même de l’Ex OPG – Je so’ Pazzo nous montre qu’il est possible d’impliquer les jeunes dans l’activité politique et sociale, en renversant dans un certain sens le rapport entre militant politique et masses populaires. En fait, par notre activité sociale dans les divers aspects du travail, de l’immigration, du sport populaire, de la garderie populaire, des activités postscolaires, des actions contre la pauvreté, etc., il ne s’agit pas de reproduire l’approche classique du militant qui explique et enseigne au travailleur.euse ses conditions et ses problèmes. Avec le mutualisme et le contrôle populaire, nous sommes capables d’inverser cette tendance et de construire des parcours communs d’apprentissage, de formation politique, d’auto-organisation et d’autogouvernement. Ainsi, nous donnons une réponse concrète aux besoins quotidiens des masses populaires, mais en même temps nous créons des moments de lutte et de solidarité qui nous ont permis, sur un petit aspect, de vaincre. Et ces petites victoires nous donnent l’élan pour faire des pas supplémentaires, pour impliquer toujours plus de personnes et pour donner une perspective politique plus large à nos activités. Nous pensons que cette méthode enracinée dans le social est la route à suivre pour élargir la participation des masses populaires à la politique.

Comment comprendre et expliquer l’extraordinaire développement d’une alternative à gauche, née au sud de la péninsule ?

Cette question donne lieu à de multiples réflexions, et on peut y répondre de manière tout aussi diverse : on peut citer l’expérience administrative napolitaine de ces dernières années, qui a d’une certaine manière ouvert un canal avec les mouvements sociaux de la ville et pourquoi pas l’expérience de l’Ex OPG – Je so’ pazzo, qui a eu, en tant qu’espace social, une résonance nationale importante.

Mais ces réponses sont partielles et au fond tiennent compte seulement de Naples, pas de tout le sud. Il faut chercher la vérité ailleurs : le paradigme historique d’un nord de l’Italie axé sur la lutte ouvrière et d’un sud arriéré, peuplé de paysans liés aux exigences du patron de service est faux. Nous ne nions pas l’existence en Italie d’une question méridionale ; elle a existé et existe toujours. Aujourd’hui, l’économie du sud présente des caractéristiques très différentes de celles des régions centrales et septentrionales du pays. Il suffit de penser au fait que, dans plusieurs régions méridionales, la source majeure de profit a résidé dans la sous-traitance de « l’urgence » migratoire.

Toutefois, et cela ne doit pas nous étonner, une situation aussi critique, faite d’émigration, de chômage, d’un manque de structures et de services peut devenir une véritable poudrière. Il n’est pas surprenant que nous ayons trouvé des associations et des groupes ayant déjà l’exigence de pratiquer ces expériences de mutualisme, et qui ont trouvé dans l’expérience de l’Ex OPG un mégaphone et – nous aimons à le penser – un point de référence. Aujourd’hui, ces expériences représentent l’épine dorsale de PaP et rencontrent un bon accueil dans toute l’Italie, et pas seulement.

À gauche – ou ce qui est considéré comme tel -, on murmure que PaP divise les votes qui auraient pu aller à Liberi e Uguali (LeU), vu par certains comme une alternative de gauche. Que répondez-vous à cette critique ?

Nous ne partageons pas cette critique, surtout parce que nous sommes ambitieux et que nous regardons au-delà. PaP n’est pas simplement une alternative à LeU : nous sommes une alternative à toutes les listes existantes.

Nous croyons qu’on ne peut pas changer les choses avec ceux qui font partie intégrante du système. Liberi e Ugali, c’est un Parti démocrate n°2 (PD2) : on y trouve Massimo D’Alema, Pier Luigi Bersani, tous ceux qui ont géré le pouvoir durant ces vingt dernières années, qui ont voté en faveur des gouvernements de Mario Monti et de Matteo Renzi, et qui ont soutenu les pires saloperies, de la participation aux guerres à la libéralisation des horaires de travail, du Fiscal Compact à la réforme Fornero, du Jobs Act à Sblocca Italia(8), sans parler de la Buona Scuola… Quant à Pietro Grasso [leader de LeU] il s’est entendu jusqu’à la fin avec Renzi, sans jamais s’opposer à son action. Quelle crédibilité aurions-nous pour changer les choses si nous nous associons à ces individus ? Quelle alternative pourrions-nous jamais incarner ?

Par notre âge, notre genre, notre appartenance sociale, nous sommes autre chose. Par ses contenus et ses méthodes politiques, Liberi e Uguali représente la continuité avec tout un monde qui a mené des politiques antipopulaires. Nous ne voulons pas unir la classe politique de la “gauche historique”, dont il y a peu ou rien à sauver. Nous voulons unir les personnes, à la base, les associations, les collectifs, les comités territoriaux et environnementaux, les réseaux de solidarité, les expériences de lutte sur les places de travail et dans le secteur social. Notre problème prioritaire n’est pas tant d’élire quelqu’un, mais de faire participer les gens, de reconstruire une communauté, un sentiment d’appartenance, d’être du même côté de la barricade. Etre utiles à notre peuple, diffuser les pratiques qui fonctionnent, mettre en lien les compétences et les mettre à la disposition de ceux qui en ont besoin pour améliorer leur vie.

Ce travail n’a pas commencé maintenant, il a énormément augmenté durant la crise. A présent, il s’agit seulement de le faire voir à des millions de personnes et de l’organiser toujours mieux. Tout cela pourrait permettre aussi d’élire des parlementaires qui soient l’expression d’un mouvement vraiment du côté du peuple. Mais nous n’avons pas de peur d’une contre-performance : même si cela devait se produire – et cela serait compréhensible parce que nous n’avons que deux mois d’existence, que les gens sont très désillusionnés, que nos moyens pour les atteindre sont faibles, et que nous n’avons pas d’argent ou de noms connus –, ce ne serait pas décisif pour les objectifs de notre projet, parce qu’après le 4 mars nous continuerons à fédérer, à croître, à être présents sur le terrain et dans les rues. Et quand les gens verront que nous n’étions pas un cartel électoral, mais une communauté et un idéal de société, ils ne pourront que participer, contribuer et faire grandir PaP. Et les résultats, y compris sur le plan de la présence dans les institutions, ne tarderont pas à suivre.

PaP a eu rapidement un grand impact à l’extérieur (en Grande-Bretagne, mais pas seulement). Comment l’expliques-tu ? Quels sont vos liens avec les mouvements « frères » en Europe et aux Etats-Unis ?

Le fait que PaP ait eu un grand impact à l’extérieur, nous l’expliquons d’une manière très simple : il y a un énorme espace vide à remplir partout. Aujourd’hui quiconque se situe non seulement à gauche, mais pense que le communisme peut être effectivement une alternative à construire, peut occuper cet espace. D’autres avant nous l’ont prouvé : par exemple, les réseaux de mutualisme en Grèce – dont Syriza a tiré sa force – ont représenté pour nous un exemple extrêmement positif. Tout comme la tentative de Podemos, c’est vers eux que notre regard s’est tourné ces dernières années. Nous savons que l’histoire de Tsipras n’a pas connu un heureux dénouement, nous en voyons les limites, mais du point de vue de la mobilisation populaire et de la reprise d’une politique de masse, ce moment, indépendamment de son résultat, a servi et reste un signal.

Du point de vue des contacts, nous avons réussi à établir un dialogue avec Momentum en Angleterre et aussi avec la Candidatura d’unitat popular (CUP) en Catalogne. En ce moment, la relation la plus étroite est celle que nous avons établie avec La France insoumise. Nous avons réussi à rencontrer Mélenchon, et nous croyons que cette relation peut être constructive. Mais nous regardons aussi au-delà du cadre européen. Nous observons, nous étudions et nous nous confrontons à des expériences très vivantes en Amérique Latine, par exemple.

Pourtant, au-delà de l’inventaire ci-dessus ou de la résonance que nous avons eue dans les revues européennes et américaines, nous croyons qu’une organisation comme la nôtre doit toujours se poser dans une optique internationaliste. Raison pour laquelle nous sommes en train d’organiser et nous avons organisé de nombreuses assemblées et groupes travaillant à l’extérieur, où nous avons maintenant plus de contacts. Ce sont des moments précieux de confrontation, parce qu’ils nous permettent de comprendre à quel point les problèmes des peuples européens sont inter-reliés. Nous avons toujours refusé d’analyser les choses seulement du point de vue de comment elles arrivaient chez nous ; nous nous sommes toujours posés dans l’optique de réfléchir sur un plan plus vaste. Aujourd’hui, c’est plus vrai que jamais : la globalisation et l’imbrication des relations européennes (si instables qu’elles puissent être) nous imposent de récupérer un terrain important pour rassembler de la manière la plus large possible les intérêts des masses populaires – qui sont les mêmes en Italie, en Grèce, en Angleterre, en Espagne, en France, en Allemagne et aux Etats-Unis. Tisser des relations et des liens avec les mouvements partageant les mêmes buts est fondamental. Aussi parce que si nous nous limitons à jouer dans notre surface de réparation, alors que l’adversaire occupe tout le terrain, le maximum que nous pouvons obtenir serait un équilibre ou une défaite honorable. Si nous voulons vaincre – et c’est notre objectif ultime –, nous devons nous préparer à occuper tout le terrain. C’est-à-dire le monde entier.

Quelles sont vos prévisions non seulement par rapport aux élections, mais plus fondamentalement pour reconstruire une véritable alternative à gauche ? Comment vois-tu votre développement après le 4 mars ?

On change un pays avant tout en étant présent dans tous les aspects de la société. Si l’on sait répondre aux besoins matériels, mais aussi construire un imaginaire, faire de la musique, du théâtre, du cinéma. Si l’on sait développer des pratiques modifiant le fonctionnement des institutions. Nous avancerons parce qu’une élection ne suffit pas pour faire tout cela, mais c’est un travail à mener pendant des années. Les élections sont un passage qui nous permet de faire « masse », de commencer à nous compter, d’en sortir renforcés. Et ensuite de continuer sur le terrain à construire un « parti social ».

Ici, le mutualisme a une importance fondamentale. Si l’État n’est pas en mesure de résoudre nos problèmes, parce qu’il est l’otage d’une minorité et structurellement pensé pour défendre les intérêts de celle-ci, nous commençons à agir tout de suite avec une méthode d’intervention qui part des besoins du peuple et qui, avec le peuple, développe la conscience et la participation. Mettre sur pied des activités postscolaires sociales, un guichet contre le travail au noir, une salle de sport te permet de faire tant de choses : enquêter sur la réalité, approcher des sujets non politisés, ne pas leur fournir seulement un service mais leur expliquer les motifs, apprendre d’eux et lutter ensemble, développer donc ces embryons de conscience et d’autogouvernement sans lesquels la démocratie n’existe pas. Nous ne faisons pas un travail d’assistance, mais d’engagement. Le mutualisme et le contrôle populaire nous permettent de sortir de cette rhétorique terrible d’éternels vaincus dont nous sommes fatigué·e·s: ils nous montrent qu’en agissant de manière intelligente et créative on peut vaincre et démontrer matériellement que les institutions ne font pas assez et peuvent donc être remplacées par le peuple qui s’organise, surveille et propose. Qui mieux que celui qui vit les conditions de travail, utilise un service, habite un territoire peut dire comment intervenir et comment améliorer ce service ?

Ces pratiques ne sont pas seulement utiles, mais aussi très amusantes. Elles extraient le meilleur des personnes. Elles les poussent à réfléchir et à faire communauté. En conclusion, nous pouvons dire que notre principale différence avec tout l’échiquier politique est celle-ci : même si nous sommes exclus, pauvres et encore faibles, nous savons nous divertir, nous réjouir, rire, penser et rêver.

Propos recueillis pour SolidaritéS (Suisse) (N°323) par Stéfanie Prezioso. Traduit de l’italien par Hans-Peter Renk et Giulia Willig.

Et un de plus ! Jusqu’où iront-ils ?

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Communiqué d’Ensemble ! Nice – samedi 17 février 2018

Utiliser la technologie électronique pour « sécuriser » l’entrée du lycée des Eucalyptus à Nice,avec une vidéosurveillance au faciès : telle est l’idée « saugrenue » imaginée par Mr Muselier, président de la région PACA, soutenue publiquement par le maire de Nice et acceptée par le Proviseur du dit lycée.

Depuis le début de l’année, dans notre ville, nous assistons, à une surenchère sécuritaire inédite :

C’est d’abord le maire de Nice qui  impose « reporty », outil moderne de délation, puis la police municipale qui , sous prétexte de tranquilliser les esprits, prendra position dans les écoles primaires et maintenant voilà un nouveau projet liberticide encore plus invasif qui concerne le contrôle des élèves et des personnels dans un lycée de Nice. Force est de constater que le chantage à la peur entraîne la mise en place de mesures de plus en plus disproportionnées et autoritaires.

L’utilisation à outrance de la  technologie électronique ou l’incongrue intrusion de la police dans les lieux voués à l’apprentissage de la liberté et du « vivre ensemble » que sont nos écoles, nos lycées et l’espace public, n’assureront jamais la paix et la démocratie, n’en déplaise à nos donneurs d’ordre institutionnels !

Ce sont de débats éclairés et sereins, de formation à l’esprit critique, de rapports de confiance et de bienveillance dont ont besoin à la fois les élèves de tous âges, les personnels et l’ensemble des citoyen-ne-s.

Bref, de pédagogie et de démocratie, non de démagogie et de vidéo-surveillance !

Assez de délire sécuritaire – Communiqué d’Ensemble ! Nice

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Après le projet Reporty basé sur la délation, objet d’articles de la presse nationale et fortement critiqué par de nombreuses forces citoyennes associatives, syndicales -y compris dans le monde de la justice- et politiques, Estrosi a donc obtenu le soutien du ministre de l’Education Nationale Blanquer pour placer des policiers municipaux dans les écoles.

Le délire sécuritaire du maire de Nice a certes été atténué : contrairement à son intention première, il n’a pas eu l’accord du ministre de l’Education Nationale pour armer les policiers municipaux.

Du coup, vu l’incohérence du dispositif, le maire de Nice s’attire même les foudres d’un syndicat de policiers municipaux inquiets de l’incapacité des policiers municipaux à riposter !

Au-delà du ridicule de la situation et de l’irresponsabilité du ministre -qui y voit une « expérience intéressante »-, le plus grave est donc l’accentuation de la part du maire de Nice d’une dérive qui tourne au délire sécuritaire généralisé et de surcroît indécent, quand on se souvient de l’inefficacité totale du dispositif de vidéo-surveillance le 14 juillet 2016.

La ville de Nice et ses écoles n’ont nul besoin de cette démagogie aux relents électoralistes qui fait le jeu de l’extrême-droite en installant à Nice une obsession sécuritaire et dans ses école un climat anxiogène et donc dangereux pour les enfants.

C’est précisément de sérénité, de fraternité et de l’affirmation de la volonté du « vivre ensemble » dont Nice et ses écoles ont besoin, avec les moyens nécessaires aux services publics pour assurer à la fois la protection de la population et le bon fonctionnement des établissements scolaires, et ce dans tous les quartiers de Nice.

Communiqué d’Ensemble ! 06 – Contre la haine : Solidarité, accueil digne des réfugié-e-s et liberté de circulation !

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Depuis maintenant plusieurs mois, des groupuscules d’extrême droite racistes et violents mènent une campagne contre le sauvetage et l’accueil des réfugié-e-s qui traversent la Méditerranée. Vendredi 30 juin, cette campagne se poursuit à Nice : il s’agit de lever des fonds afin de financer des actions pour empêcher les ONG de sauver des vies et d’éviter les drames qui se multiplient en mer depuis maintenant trop d’années et qui ont coûtés la vie à plusieurs milliers de réfugié-e-s.

Ensemble ! 06 condamne ces actions qui sous couvert de « défendre l’Europe » sont un appel à la haine et au crime.

Nous savons ce que ces idées et actes racistes peuvent avoir comme conséquences et nous refusons que les crimes dont l’histoire est jalonnée se répètent indéfiniment.

Ensemble ! 06 refuse que l’extrême droite puisse, en toute impunité, mettre en œuvre ses « rêves » nauséabonds d’épuration ethnique qu’elle camoufle sous les termes de « grand remplacement » et de « remigration ».

Nous réaffirmons, contre la haine, notre solidarité avec les réfugié-e-s et les migrant-e-s.

Nous lutterons pour un accueil digne et nous serons au côté des citoyen-ne-s solidaires qui, dans la Roya comme à Calais, font ce que les pouvoirs publics se refusent à faire : accueillir dignement des femmes, des hommes et des enfants qui fuient la mort. Des citoyen-ne-s solidaires persécuté-e-s par les autorités alors qu’ils/elles pratiquent la plus élémentaire fraternité.

Aujourd’hui, les frontières tuent en Méditerranée comme dans toute l’Europe.

Face à la haine, ouvrons les !

Communiqué d’Ensemble ! 06 – La solidarité n’est pas un crime !

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POUR UN ACCUEIL DIGNE DES RÉFUGIÉ-E-S ET DES MIGRANT-E-S !

En région Paca on relègue, on incarcère, on trie, on chasse, on renvoie, au mépris de tout principe de solidarité et d’humanité, et en violant le droit international !

Seule la solidarité citoyenne tente d’alléger le triste sort de ces personnes. En PACA, des habitant-e-s se sont organisé-e-s, depuis de longs mois déjà, pour venir en aide aux réfugié-e-s qui fuient leurs pays, espérant trouver un nouvel havre de paix, par delà les frontières.


Ensemble ! 06 se félicite de cet engagement militant –voire risqué, face aux politiques de répression en vigueur- auquel il s’associe, en soutenant de toutes ses forces cette solidarité en actes .

Au conseil régional et dans toute la région le FN, la droite et leurs élues se prononce au contraire pour une région sans réfugiè-e-s ni migrant-e-s, alors même que des réseaux citoyen s’organisent et se démènent pour les aider.

Ces citoyens n’acceptent pas qu’on laisse dépérir sans rien tenter un-e autre, son semblable en humanité. Certain-e-s sont, aujourd’hui, poursuivi-e-s par un état qui criminalise leur solidarité, réduite pourtant à sa portion congrue. Ils risquent la prison et des amendes…

Ensemble ! 06 exige qu’ils/elles soient relaxé-e-s et que soit reconnu le caractère humanitaire de leurs actes !

Ensemble ! 06 soutient Cédric Herrou et Pierre-Alain Mannoni qui seront jugés mercredi 23 novembre au TGI de Nice à partir de 13h00 pour avoir fait preuve de la plus élémentaire solidarité.

Ensemble 06 ! n’est pas dupe ! L’objectif de ces mesures d’arrestation et d’assignation en justice est clair : détruire les réseaux de solidarité. Ne laissons pas faire !

Ensemble ! 06 réaffirme qu’une politique migratoire alternative est possible et nécessaire selon les principes de solidarité et de défense intransigeante des droits humains.

Que la liberté de circulation et d’installation, et l’accueil des réfugié-e-s et des migrant-e-s est le premier de ces principes y compris en région PACA.

Il est plus que temps d’en finir avec la politique absurde et criminelle de nos gouvernant-e-s !

La frontière tue ! Ouvrons-là !

Lundi 21 novembre 2016

Une autre parole en PACA : oui à l’accueil des migrant-e-s – communiqué d’Ensemble ! PACA

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Sans aucune pudeur, C. Estrosi et la droite ont rejoint les positions du FN en faisant voter par le Conseil régional le 3 novembre un texte proclamant que la région PACA est une terre sans migrant-e-s !

Nous constatons là une rhétorique qui renvoie aux plus mauvais souvenirs d’une idéologie proclamant l’Europe comme « libérée des juifs », des « juifs errants » que sont ces migrant-e-s. Nous assistons de la part des « estrosiens » et consorts à une montée vers les extrêmes, c’est-à-dire vers la catastrophe. Ce vote est porteur des nuages noirs que sont le repli sur soi, l’aveuglement sur l’état du monde, la haine des autres. Ce vote participe aussi de la construction et du renforcement des préjugés xénophobes et racistes dans une partie de la population.

C. Estrosi, c’est oui aux touristes, ces migrant-e-s saisonniers, mais c’est non aux migrant-e-s, ces touristes en transit vers des pays accueillants comme les pays du Nord de l’Europe.

C. Estrosi, c’est oui aux riches princes du golf qui arrivent en jets privés ou en bateaux de luxe mais c’est non aux personnes qui fuient les tortures et la mort.

C. Estrosi, c’est oui au fric mais c’est non à l’humanité.

Nous dénonçons ce vote inqualifiable, ce vote de la honte ! Comme de nombreux citoyens, de nombreuses citoyennes et leurs associations dans notre région, nous agissons pour un accueil digne des personnes fuyant le malheur à la recherche d’un havre de paix et de dignité, pour la liberté de circulation et d’installation telle qu’elle est garantie comme droit fondamental dans les textes internationaux, et en particulier les articles 13.1 et 14.1 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.

Nous appelons au renforcement de cet accueil et à la défense intransigeante des droits et des libertés.

Partout où c’est possible et en fonction des besoins, apportons notre aide matérielle et morale aux migrant-e-s.

Construisons des collectifs citoyens larges et unitaires rassemblant citoyens et citoyennes, associations, organisations syndicales et politiques pour faire entendre une parole antiraciste, solidaire et hospitalière

Non au malheur, oui à la vie !

La coordination régionale d’Ensemble ! PACA,

Château-Arnoux, le 7 novembre 2016