Législative partielle Alpes-Maritimes – Une abstention massive, une surprise à gauche

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Sélection_004Avec une très faible participation (23,33%), encore plus réduite à Nice (18,48%), il serait très hasardeux de tirer des enseignements solides de ce scrutin législatif partiel dans la V° circonscription mi-rurale et mi-urbaine des Alpes-Maritimes taillée sur mesure pour le super-cumulard et chef de clan LR, Estrosi, obligé d’abandonner son mandat après son élection au Conseil régional en PACA en décembre 2015.

La large victoire (47,44% et un demi-point de moins à Nice) de Marine Brenier -dont le suppléant est Estrosi lui-même : on ne se refait pas- était largement prévisible, assise sur la domination clientéliste ancienne de la droite, tant dans les quartiers ouest de Nice (en particulier dans la cité des Moulins) que dans les villages du Moyen et Haut-Pays. Faut-il rappeler que la survie de ces derniers dépend des subsides du conseil général présidé par l’ex-mentor d’Estrosi, encore plus à droite que lui, Ciotti ?

L’obsession sécuritaire de celui-ci, à peine atténuée, a été au centre de la campagne du tandem Brenier-Estrosi.

La qualification pour le second tour du FN n’est pas non plus une surprise, avec 30,75% et 32,45% pour la partie niçoise du canton. Le thème majeur de la campagne du FN ? Le racisme islamophobe au travers du refus de la mosquée En-Nour dans la plaine du Var et de la dénonciation des ambigüités réelles du maire de Nice sur ce dossier d’abord validé puis contesté par Estrosi… sous pression du FN.

Si on y ajoute les résultats d’une candidature marginale d’extrême-droite et du faux-nez que constituait la candidature de l’Alliance Ecologiste Indépendante proche d’Estrosi -le bétonneur de la plaine du Var- lors d’un précédent scrutin, l’addition des voix LR et FN en dit long sur la main-mise de la droite et de l’extrême-droite sur ce territoire.

 

La surprise de ce scrutin est donc à gauche, avec l’effondrement de la candidature du PS (6,49%), à peine moins net à Nice (7,14%). Le PS avait proposé une suppléance à EELV qui n’en a pas voulu et n’a donc pas participé au scrutin. Représenté, fait rare et positif, par une candidate issue du monde du travail et de l’immigration, le PS a mené une campagne curieusement a-minima, y compris en laissant vides de nombreux panneaux électoraux durant la moitié de la campagne électorale. Du jamais vu pour un parti de gouvernement… La thématique de sa campagne a consisté à mêler une défense calamiteuse et ardente du bilan gouvernemental et un slogan accrocheur et particulièrement ambigü : « La France qui travaille ».

La campagne du Front de Gauche, sur la base du slogan « L’alternative à gauche, l’écologie au cœur/rendre le pouvoir au peuple », a été particulièrement active dans le Moyen et Haut-Pays et dans les quartiers ouest de Nice. Elle a été centrée sur l’opposition à la loi travail et sur ce qui est désormais un acquis partagé du Front de Gauche dans le département : la dénonciation du bétonnage de la plaine du Var sous couvert de l’Opération d’Intérêt National (OIN), une thématique reprise désormais par d’autres, y compris le FN. Le lien entre la candidature du FdG et la participation au mouvement social en cours -ainsi que la solidarité avec Nuit debout (1)- a été clairement établi dans la profession de foi et le matériel de campagne. Et l’article de Nice-Matin issu de la conférence de presse de présentation de la candidature était titré sur le thème de la réduction du temps de travail.

Notre candidature a reçu le soutien de Nouvelle Donne-Nice et du NPA06, ce qui est très positif (2).

Cette campagne courte mais active a permis de passer devant le PS, avec un résultat de 7,51%, un peu inférieur à Nice (6,81%) : du jamais vu à Nice…

 

Aux législatives de 2012, l’addition des voix de la candidature du FdG et de celle de la Gauche alternative (Alternatifs-NPA) n’avait pas atteint la barre des 5%. Le PS avait obtenu, lui, 25,18% …

Les scrutins ne sont pas les mêmes et la prudence s’impose. Mais les scrutins locaux nous sont, jusqu’à présent, systématiquement plus favorables qu’une élection nationale. Et on peut faire le constat que depuis les élections municipales de 2014 et départementales de 2015, les résultats du Front de Gauche à Nice, incluant cette fois-ci la gauche alternative au travers d’Ensemble !, montrent une progression locale ininterrompue : 5,38% aux municipales de 2014 et 7,72% aux départementales de 2015.

 

S’il apparaît que pour le PS, l’orientation du gouvernement Hollande-Valls est électoralement suicidaire, c’est un problème aussi pour l’ensemble de la gauche : l’effondrement du PS tire l’ensemble de la gauche vers le bas, avec un cumul de voix inférieur à 15% de l’électorat ayant voté.

 

Pour le Front de Gauche de Nice qui a démontré qu’il tenait bon et progressait, c’est un démenti à ceux qui , à l’échelle nationale, avaient annoncé de manière peu responsable, il y a peu, sa disparition.

Et, après l’échec de l’alliance EELV-FdG des régionales de 2015, c’est un rebond qui ne peut qu’encourager la démarche de rassemblement élargi esquissée en cette occasion au travers du soutien local de Nouvelle Donne et du NPA.

 

Bruno Della Sudda

 

 

  1. Une candidature Nuit Debout avait été déposée en préfecture, avant d’être désavouée en AG de Nuit Debout-Nice. Il n’y a donc pas eu, au final, de matériel électoral de Nuit Debout mais une utilisation des panneaux électoraux pour un affichage de tracts et d’articles issus des débats de Nuit Debout.
  2. Ces soutiens ont été apportés après l’impression du matériel électoral, ce qui explique le fait qu’ils n’ont pas pu être mentionnés dans la profession de foi électorale.

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